15 janvier 2023

Août 1958 … L’autre Vél d’Hiv

 Déjà publié sur le blog d’Imsat,

http://imsat.unblog.fr/2022/09/24/aout-1958-lautre-vel-dhiv/

  

Un témoignage singulier avec la courtoisie de

Mohamed Larbi CHIKHI dit Babi,

Ancien détenu et permanent de la Fédération de France du FLN

  

 Lettre ouverte à monsieur Emmanuel Macron

4 septembre 2022

Président de la République Française

Monsieur le Président, la commémoration des 80 ans de la rafle du Vél’d’hiv et l’hommage que vous avez rendu aux victimes juives forcent le respect.

Un tel « fardeau » pèse de tout le poids de la mémoire de chacune des victimes raflées et écrasées par la barbarie nazie jusqu’au dernier souffle de leur vie.

Vous avez prononcé des mots forts sous forme de promesses : « nous continuerons de la rappeler contre l’oubli, nous continuerons de l’enseigner contre l’ignorance, nous continuerons de la pleurer contre l’indifférence, nous continuerons d’en sonder les racines profondes et les ramifications nouvelles contre les résurgences du mal et nous nous battrons, je vous le promets, chaque petit matin car la France s’écrit par un combat de résistance et de justice qui ne s’éteint jamais ».

Ces mots ont réveillé en moi le souvenir de ma propre détention. Oui, j’avais 18 ans quand je fus enfermé ainsi que des milliers de mes compatriotes, pendant des semaines, dans ce maudit lieu où résonnaient encore les cris des femmes et des enfants juifs avant leur déportation vers les camps d’extermination dans des wagons à bestiaux.

Le 25 août 1958, le FLN décide de déclencher des opérations commandos sur des cibles essentiellement stratégiques et militaires en métropole avec pour objectifs : desserrer l’étau sur les maquis en Algérie, diminuer la pression sur les populations, faire bouger les lignes sur le plan international et éveiller les consciences en métropole.

Surprise par les actions commandos et le retentissement international qu’a eu la destruction des installations pétrolières de Mourepiane, de la Cartoucherie de Vincennes, des Commissariats de police et de la base navale de Toulon, la police française va laisser libre court à sa violence et à sa haine du « bougnoule ».

Ordre fut donné de rafler les Algériens à la sortie des métros, à la descente des bus, sur les boulevards, dans les foyers, dans les usines, dans les cafés…

Pendant des jours et des nuits nous fûmes entassés sur la piste du Vélodrome d’Hiver. Cette détention fut évidemment des plus pénibles. Le toit en verre sous le soleil d’août rendait l’air suffocant et le sol aussi chaud que le magma du Vésuve. Pas d’ombre où s’abriter, des jours à dormir à même le sol et à manger debout. Les sanitaires étaient pris d’assaut.

A force de suppliques et de cris, les gardes mobiles ont fini par ouvrir le toit une fois par jour pour nous permettre de respirer, et des espaces nous furent libérés par l’allégement du dispositif de surveillance.

Parmi nos compatriotes raflés, se trouvaient des fonctionnaires « français musulmans » qui furent vite libérés, ce qui leurs permit d’alerter l’opinion publique sur nos conditions de détention. Des familles ont commencé à affluer devant le Vél’d’hiv, créant attroupements et nuisances.

Certaines apportaient des vêtements, des médicaments, des biscuits ou autre nourriture.

Ces familles avaient été dirigées vers ce lieu par les commissariats de leurs quartiers. Des inspecteurs de police venus, munis de leurs fichiers, pour séparer le bon grain de l’ivraie, n’ont rien pu faire dans ce chaos.

Les élus locaux firent pression pour éviter au quartier un autre drame, la rafle de juillet 42 était encore fraîche dans les mémoires. Dans ce quartier habitaient aussi des juifs déportés.

Quelques jours plus tard, commencèrent alors les premiers convois d’expulsés vers l’Algérie, où ils furent internés dans des camps, pour la plupart jusqu’à l’indépendance. Quant à moi, je faisais partie d’un autre groupe. Nous eûmes droit, d’abord dans une première étape au gymnase de Jappy, pour nous voir signifier par des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur notre inculpation et la décision de nous incarcérer dans des camps militaires érigés spécialement pour cette opération, les prisons étant pleines.

Ainsi le 3 octobre 1958 à 10 h du matin, après des semaines d’une vie de chien, nous voilà donc transférés vers les camps du Larzac (Aveyron), de Thol (l’Ain), de Saint Maurice L’Ardoise (le Gard) et, pour ce qui me concerne, de Vadnay (La Marne).

Nous étions menottés trois par trois, reliés aux poignets de deux policiers.

Une fois dans le car, les policiers attachèrent les menottes à des mains courantes spécialement aménagées à l’intérieur du car. Ce trajet fut interminable avec un seul arrêt dans une caserne pour arriver tard dans la nuit à Vadnay.

Monsieur le Président « je vous écris du Vel d’hiv, de la faim, de l’attente et de la pagaille, des maladies, de tout l’enfer déshumanisant du confinement » [1] pour vous demander non pas un geste de repentance mais un acte de responsabilité, un geste fort pour rappeler que des milliers d’Algériens, personnes âgées, adolescents, humbles ouvriers, fonctionnaires sont également passés par ce lieu. La destruction du Vél’d’hiv en 1959 n’y changera rien, l’histoire de ce sinistre endroit nous appartient autant qu’à tous ceux qui y ont souffert.

Et parce que le vent du silence est partout le même, au nom des Raflés d’août 1958 victimes de l’arbitraire, au nom du devoir de mémoire, au nom du chantier colossal qui s’ouvre devant les historiens algériens et français pour établir les faits, je vous demande de rendre accessibles toutes les archives de la préfecture de police de Paris dirigée à l’époque par… Maurice Papon.

Mohamed Larbi Chikhi dit Babi

Karen Taieb, Je vous écris du Vél’d’hiv.

Les lettres retrouvées,

Paris Robert Laffont, 2011.

4 décembre 2021

Un portrait sommaire des Kabyles en Algérie

 Bonjour à toutes et à tous,


Ça fait longtemps que je n'ai pas posté une réflexion ou tout simplement une information sur Azrou Kolal et Batna.

Je reviens aujourd'hui avec un vidéo publié par TQ5, la télévision kabyle à Montréal.

Le sujet abordé concerne les Kabyles en Algérie et de par le monde.  Cependant, même si c'est sommaire, je mets de l'avant à partir de l'expérience du patriarche, Ali Chikhi Ath Messaoud quelques pérégrinations de quelques familles Kabyles en Algérie et en Afrique du nord sans diminuer celles des autres régions du monde où beaucoup de Kabyles se sont installés et à ce titre indicatif la France, la Belgique ou encore le Canada restent des points d'attaches.

Je vous laisse voir et revenez me donner votre avis. Faites moi part de vos commentaires.

Ferid

Suivez le lien ci-après


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Témoignages :
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1) Ce qu'en dit notre cousine Nabiha Moussa

Bravo pour ta prestation sur 

les Kabyles d’Azrou et leurs pérégrinations.

Comme d’habitude, il est très agréable de t’écouter raconter l’histoire, qu’on connaît si peu, de la « tribu » et de la famille proche.

Je réécouterais l’émission pour mieux comprendre le lien qui m’unit aux personnes que tu cites, dont j’ai certainement entendu parler et que tu me donnes l’occasion de mieux identifier. 

À propos de la langue d’usage … on faisait pareil chez nous…, de l’autre côté de la frontière. Le kabyle à la maison et l’arabe/français à l’extérieur. La première raison est que mama ne parlait que kabyle (et un semblant d’arabe) et par respect pour elle, nous passions automatiquement au kabyle en sa présence.

Une deuxième raison c’est que mon frère ainé Abdallah (et non mes parents) « veillait » à ce qu’on parle kabyle. Je me souviens d’une scène où pendant que nous faisions nos devoirs, Ouassila, Melik, et moi, … Abdallah nous a surpris entrain de papoter en arabe/français, et il nous a crié « Vous n’avez pas de langue »? Ce fut un choc pour la petite fille que j’étais et qui a soudain réalisé qu’on « devait » parler kabyle à la maison même entre nous les enfants et pas seulement avec mama.

Sinon, l’arabisation a non seulement tué le kabyle mais l’a aussi fait déprécier aux yeux de ses locuteurs.

Au fil de mes voyages en Algérie, j’ai constaté que la langue disparaissait peu à peu des échanges à la maison dans mon milieu familial élargi. C’est comme si c’était folklorique de la parler. Et la religion est venue donner le coup fatal au point qu’on a l’impression qu’on est gêné de parler cette langue qui serait incompatible avec l’islam.

Et bien sûr comme tu disais, il y a l’aspect politique…les grands manitous ont réussi à anéantir tout moyen de communiquer…la derja ou arabe populaire, le kabyle, le français. Bien pratique de tenir ainsi le peuple en le réduisant au silence. Ainsi, les gens baragouinent, ânonnent, citent des versets du coran à tout va au point qu’il est devenu difficile de se comprendre, de débattre ou d’échanger et ça donne la cacophonie qu’on connaît et qu’on observe impuissants.

Le volet ALN à Ghardimaou, ton évocation est intéressante et me touche directement….mon père (Ouamer Ath Moussa d’Azrou), ses neveux et cousins (Ahmed, Salah, Hocine) mon grand frère Abdallah ont participé chacun à sa façon à donner un coup de main à ces combattants qui du jour au lendemain se sont retrouvés dans nos murs.

Les hommes de la famille étaient loin du champ de bataille mais ils étaient tous dévoués corps et âme à la cause algérienne. La guerre nous la suivions aussi le soir en famille en direct l’oreille collée à la radio. 

Je rêve du jour où je pourrai retourner dans ma région natale pour notamment me recueillir sur la tombe des défunts qui ont fait partie du premier voyage Azrou-Ghardimaou au début du siècle dernier, (1908) mon père avait 9ans.

Merci d’avoir partagé ton émission. Bravo pour ton expression en kabyle et merci à l’animateur qui, par ses questions, t’a amené à nous livrer l’essentiel de notre histoire … dont tu as certainement encore long à raconter !

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2) Ce qu'en dit notre cousine Dehbia Chikhi

Bravo Ferid, c'est un plus pour l'histoire de l'Algérie en général et pour la famille en particulier, beaucoup de cette génération de la famille ne font pas le lien entre les Chikhi de Batna, d'Alger, de Kabylie, tellement la famille Chikhi est grande, c'est une Dynastie en toute modestie

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Ce qu'en dit, de Tunis, notre cousin Walid Maaouia 

Très bel éclairage sur notre belle Histoire. Comme tu l'as si bien dit il y a un environnement qui détermine les évolutions mais aux historiens de rappeler les Faits Historiques qui structurent le Moment.

PS : Walid est le petit fils de Da Ouameur Moussa et fils de Rida et Assia! 






Août 1958 … L’autre Vél d’Hiv

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