Le 19 septembre 2026
Depuis son départ le 19 septembre 2010, son souvenir ne me quitte jamais. Ces derniers temps, mes pensées se tournent souvent vers la cuisine de ma mère. Quand je dis cuisine, je songe à un art délicieux et d’une infinie variété. Je cherche aussi à décoder ce que nos rituels d’autrefois signifient pour moi aujourd’hui, bien au-delà du simple plaisir des papilles.
En vérité, cette démarche résonne en moi à la fois comme un cri du cœur et une sorte de rébellion intime face à un présent qui soutient bien mal la comparaison. Notre bonheur résidait surtout dans l’instant de la dégustation. C’était systématiquement exquis ; nous le ressentions et nous le disions parfois à travers de brefs commentaires.
Mais ces réactions restaient incomplètes, inachevées. Nous profitions de ces moments sans pleinement réaliser la chance qui était la nôtre. Chaque repas offrait de la nouveauté. Parfois, une envie irrépressible me pousse à nommer les plats dont nous étions comblés. Je le fais en mon for intérieur pour ne pas les oublier et pour raviver les atmosphères d’autrefois. Cette évocation me révèle toute la grâce de ces précieux moments.
Je crois que je perçois désormais mieux le fil conducteur qui guidait la préparation de ces mets et leur partage. Je m’efforce de refaire le film de certains de nos déjeuners et de nos dîners. Les photos de cette époque sont rarissimes. J’aurais aimé mettre en lumière des détails subtils, des postures particulières, des sourires, des gestes. Ces instants étaient, sinon sacrés, du moins importants.
Nous étions heureux, et cela nous suffisait amplement. S’en souvenir, c’est un peu reconstituer une convivialité, des morceaux de vie comme des scènes cultes de nos films préférés. Parfois, le désir d’écrire un livre hommage, une anthologie de la cuisine de notre mère me traverse l’esprit. Un tel ouvrage célébrerait notamment nos moments de partage les plus emblématiques.
Un jour, je demanderai à Beida, Ferid et Anis de me raconter leurs souvenirs les plus vibrants de nos conversations gastronomiques, et d’évoquer les mets et les gâteaux de notre mère qu’ils préféraient. Allah Yerhmha. Paix à son âme.
Lamine Bey Chikhi