31 octobre 2018

Il était un de ceux qui ont combattu le fascisme... Mon oncle Abderrahmane.

Blessé puis décoré ...
Nous savions depuis belle lurette que dada, mon oncle paternel Chikhi Abdallah dit Abderrahmane, avait été mobilisé lors du second conflit mondial. Nous savions que c’était important, digne d’intérêt, méritoire, glorieux. Mais nous n’avons jamais pris le temps d’en parler vraiment. Adolescents,  il nous arrivait juste de dire, non sans quelque fierté : « il a fait la guerre mondiale… ». 
Même plus tard, nous n’évoquions pas autre chose à propos de cette participation; nous ne prenions pas toute la mesure de cet engagement; nous avions d’autres préoccupations (les études, la vie quotidienne, divers centres d’intérêt). Il y a quelques années, j’avais suggéré à mon cousin Mourad d’écrire quelque chose sur son père, par exemple un chapitre sur sa participation à la guerre (mais pas seulement), d’abord par devoir de mémoire, ensuite pour bien montrer à travers cette formalisation que cela fait partie intégrante de l’histoire de notre famille. Agir de la sorte, c’est mettre en avant, valoriser ce qui, dans cette histoire mérite de l’être. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mourad a fini par reconstituer minutieusement l’itinéraire de son père sur la base de diverses sources documentaires. Par une rigoureuse restitution du parcours, des mouvements et des stratégies de la 87è Division d’infanterie d’Afrique (DIA) dont faisait partie mon oncle Abderrahmane de septembre 1939 au 16 juillet 1940, date de dissolution de la division, il nous donne à visualiser le cheminement de son père à travers les processus de déploiement-redéploiement, offensives, coups de main, repli, contre-offensives et résistance des troupes de la Division. 
On imagine ainsi mon oncle et on voit en même temps l’évolution de cette division quasiment au jour le jour. Dada est mobilisé comme infirmier le 1er septembre 1939 au GSD (Groupe sanitaire divisionnaire 16è section d’infanterie de Lunel) de la 87ème DIA composée à 80% de tirailleurs algériens. Il obtient le grade de sergent chef le 21.11.1939.  Blessé à son poste au GSD au cours d’un bombardement de l’antenne du GSD à Vic sur Aisnes le 5 juin 1940 lors de l’offensive allemande, il est replié avant d’être démobilisé le 30 Août 1940. 
La chronologie des événements précisément établie par Mourad nous permet de « suivre » la 87ème DIA de la 7è armée du 24ème corps d’armée à travers divers territoires, villes, villages, lieux. Défilent sous nos yeux des images de Batna où vivait mon oncle, Constantine où la Division est mise sur pied le 2 septembre 1939, Bizerte en Tunisie, sa zone de concentration de septembre à novembre 39, puis la France via notamment Marseille de novembre 1939 à août 1940. Etablie sur la Somme, le canal Crozat, l’Ailette et l’Oise à Coucy le château, elle couvre 6kms. 
Le 27.11.39, la DIA est transportée par voie ferrée dans la zone des armées, région d’Arcis sur Aube. Le 27.02.40 elle fait mouvement dans la région de Dieuze Avricourt, Benestroff en Moselle puis le 1er mars vers la région de Sarguemines. 
A partir du 4 mars, elle se déploie vers le secteur centre de la Sarre (ligne Maginot) et forme une ligne le long de la frontière allemande. Elle fait preuve d’abnégation, d’endurance et de vaillance. Les 9, 10, 11, 12, 13 juin la Division opère sur ordre plusieurs mouvements de repli sur 15 kms jusqu’à Fontainebleau puis reprend jusqu’au 24 juin 1940 sur la Vienne après 500kms depuis l’Ailette. 
La guerre se termine le 25.06.1940 à 0h35 sans que la 7è armée dont faisait
partie la 87ème DIA ait été vaincue. Dada y était ! je le dis comme ça parce que ce n’est pas banal ni ordinaire ! il faut peut-être essayer d’imaginer, de se transposer mentalement dans le contexte de l’époque pour comprendre, ressentir…
Mon oncle se voit décerner la croix de guerre 1939-1940, la médaille militaire pour blessure de guerre et une citation à l’ordre de la brigade le 9 juin 1940. 
Quand Mourad rappelle au passage et à juste raison que, durant la période mai-juin 1940, 54000 Nords Africains, parmi lesquels près de 40 000 Algériens, sont morts, auxquels s’ajoutent 90000 prisonniers dont 60 000 algériens, on mesure l’importance des pertes humaines, l’ampleur des sacrifices. 
Mon oncle aurait pu y laisser sa peau ! Avec le recul, on perçoit mieux le fait qu’il fut un des acteurs dans la guerre. On se sent subjectivement concerné. En général, quand on évoque les conflits d’envergure, les guerres, on met en avant le quantitatif, les statistiques de masse, le collectif, mais rarement l’individuel, le singulier. 
En revanche, quand on s’intéresse à un destin individuel, on voit, on comprend différemment non seulement la personne concernée mais aussi la guerre à laquelle il a participé. Le destin individuel relègue ainsi au second plan les enjeux globaux d’une guerre. On n’est plus dans les chiffres qui banalisent, qui effacent, néantisent l’individu mais dans l’humain, le spécifique, l'intrinsèque. Le focus porte sur l’homme. 
Et c’est bien sous cet angle que la mobilisation, l’itinéraire, la blessure de dada Abderrahmane prennent une signification particulière et nous incitent à compléter notre regard sur l’histoire.

Lamine Bey Chikhi

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